mercredi 8 octobre 2014

[AMIGA] CD32, l'Histoire d'une étoile filante




Je ne pouvais pas passer à côté de cet anniversaire incroyable ! En effet, cela fait un an que j'ai mis en ligne mon dernier billet sur ce blog... Joyeux anniversaire !  Et pour fêter dignement cela, je vais faire d'une pierre deux coups en vous offrant la traduction d'un billet de blog plus qu'intéressant dédié à la conception de la CD32 et à son histoire (vous connaissez déjà cette dernière si vous suiviez ce blog l'an dernier) et en vous faisant ainsi découvrir le blog de Yasu, un utilisateur de MorphOS qui partage avec nous de nombreux articles tous plus intéressants les uns que les autres sur mon système d'exploitation préféré.

Merci à Yasu pour ses billets qui transpirent la passion et qui sont toujours intéressant à lire.

http://morphosuser.wordpress.com


J'espère que ce retour ne sera pas éphémère. J'ai bon espoir puisque ma situation, aussi bien du côté familiale et que du côté professionnelle, commence à se tasser, même si la fin d'année devrait encore être folklorique côté travail.

Bonne lecture et à tout bientôt, je l'espère !





Au début de l'année 1991, Commodore avait commencé à vendre le Commodore Dynamic Total Vision (CDTV), un Amiga 500 équipé d'un lecteur CD et qui avait un look de platine CD. Cela devait être l'entrée triomphale de Commodore dans le salon des consommateurs, mais cela fût une catastrophe commerciale.

Premièrement, le produit était très déroutant. Ce n'était pas vraiment un ordinateur, pas vraiment une platine CD, en fait ce n'était pas vraiment... grand chose. Une machine qui, de ce fait, était difficile à vendre. Deuxièmement, il était très onéreux (4990 francs français, soit 1090 EUR de nos jours selon l'INSEE). Troisièmement, il était sous-puissant par rapport aux standards de 1991 (un processeur qui avait déjà quelques années, peu de mémoire et un lecteur CD trop lent pour pouvoir lire correctement des animations, et il lui manquait également la possibilité, pourtant annoncée par Commodore, de pouvoir lire les VideoCD). Quatrièmement, les possesseurs d'Amiga n'avaient que peu d'intérêt à remplacer leur Amiga 500 existant par cette machine, mis à part pour le lecteur CD. Ce dernier, et ce sera le cinquièmement, empêchait d'ailleurs toute possibilité de pirater. La plupart des possesseurs d'Amiga étaient des adolescents qui ne pouvaient tout simplement pas se permettre d'acheter l'intégralité, ou même quelques uns, des jeux ou programmes disponibles sur le marché, et la possibilité de faire des copies avait rendu l'Amiga très populaire.

Cet échec coûteux allait devenir une des principales raisons de la banqueroute de Commodore en 1994. Mais Commodore n'allait pourtant pas abandonné aussi vite. Par la suite, ils développaient l'A570, un lecteur CD pour Amiga 500 qui se branchait sur le port extension de ce dernier (le développement de ce lecteur n'était pas prévu à la base, mais après l'échec du CDTV cette option était devenue évidente pour Commodore).

Cependant, l'A570 n'allait commencé à se vendre qu'au moment où Commodore stoppait la fabrication de l'Amiga 500, qui ne cessait pourtant de très bien se vendre. Après cela, Commodore voulut faire un CDTV à petit prix (CDTV Cost Reduced), mais cela n'a finalement jamais abouti. Basé sur l'Amiga 600, le soi-disant "Amiga 500 à prix réduit" qui était pourtant plus cher que ce dernier, ce CDTV CR n'était finalement guère moins cher que le CDTV. Et comme il n'était pas assez puissant pour lire les VideoCD, il fallait faire un module FMV pour lui permettre de lire ces vidéos.

Mais le manque de réussite rendait Commodore fébrile, ce dernier en perdra même la foi dans l'Amiga. À tel point que Commodore essaya de se tourner vers le marché PC, beaucoup plus lucratif. À la fin de l'année 1991, le département de développement dédié à l'Amiga était fermé, Commodore essayant même de vendre son stock restant pour se concentrer uniquement sur le PC. Mais au bout de six mois, ils réalisèrent que cette idée n'était pas bonne... Commodore n'avait tout simplement pas les ressources pour produire ou vendre assez de machines PC afin de générer assez de profits dans ce marché beaucoup plus féroce. Le département de développement Amiga était finalement réouvert très rapidement, avec pour objectif de renouveler l'intérêt pour un autre Amiga... qui allait être une fois encore dépassé et sous-puissant. Cependant, comme les filiales de Commodore avaient le droit de ne pas acheter les produits proposés par la maison-mère américaine, celles-ci n'achetèrent aucune machine. Ceci fit comprendre à Commodore qu'il leur fallait quelque chose de nouveau, de puissant et de rapide.

Dave Haynie (un développeur Amiga reconnu) avait un prototype de puce graphique Amiga nouvelleAAA (ou Triple A) et ce, dès 1990. Mais son développement avait été abandonné avant que la puce soit terminée. Comme ils avaient besoin de quelque chose rapidement, ils allaient produire une puce "bouche-trou" appelée AA, renommée plus tard AGA. En septembre 1992, Commodore sortait l'Amiga 4000, un Amiga haut de gamme, puis un mois plus tard l'Amiga 1200, sa nouvelle entrée de gamme. Ce dernier se vendait très bien mais rivalisait tout juste avec les PC de l'époque (alors que l'Amiga 500 était quant à lui en avance sur son temps, au niveau prix et performance, au moment de sa sortie en 1987).

Le même mois, un ingénieur nommé Jeff Porter (qui avait déjà travaillé sur l'Amiga 500 et avait vu certains de ses projets annulés précédemment) allait combiné la puce AGA avec le projet annulé de CDTV CR. Cela incluait un port pour y ajouter un module FMV et un port clavier. Il y avait également ajouté la puce Akiko, qui était capable de générer simplement des effets 3D (grâce au chunk-to-pixel ou chunky to planar, utilisé dans des jeux comme Doom). Il l'avait conçu pour ressembler à une Sega Mega-CD et avait écrit "32 bit" en grosses lettres sur le capot. Au début des années 90, avoir le plus de bits possibles était un argument de vente. Baptisé Amiga CD32, elle allait être présentée au CES de juin 1993, puis lors d'une présentation officielle à Londres en juillet pour être finalement vendue dès septembre de cette année 1993 pour un prix de 2490 francs français (soit 520 EUR de nos jours, toujours selon l'INSEE) avec six jeux.

Commodore affirmait alors qu'il s'agissait de la première console CD 32 bits. C'était vrai pour l'Europe, mais Fujitsu avait sorti au Japon la FM Towns Marty, qui était également une console basé sur un lecteur CD et 32 bits, plus tôt cette même année. Le démarrage fût mauvais. La console allait se vendre à environ 100.000 exemplaires durant ses trois premiers mois de commercialisation (NDTrad : ceci est une fourchette haute qui plus est, puisqu'on estime que 150.000 CD32 ont été vendues en tout, dont 80.000 à petit prix pour générer des liquidité), mais elle se vendait plutôt bien en particulier en Angleterre. La CD32 allait même dominer les ventes de CD non musicaux durant ce Noël 1993 avec une part de marché avoisinant les 50%. D'ailleurs les développeurs de jeux Amiga aimaient cette console parce qu'elle permettait de faire des portages facilement et que le piratage sur cette console était impossible (les graveurs de CD abordables financièrement n'arriveraient que bien des années plus tard). Mais Commodore, profondément endetté, ne pouvait produire suffisamment de CD32 (de même pour l'Amiga 1200). D'après Dave Haynie, Commodore aurait pu vendre 250.000 CD32 durant ses trois premiers mois de commercialisation si les stocks avaient été suffisants. En janvier 1994, Commodore annonçait que la CD32 allait sortir aux États-Unis, ce qui semblait plus qu'audacieux puisque Commodore et l'Amiga n'avaient pas vraiment de marché installé sur ce continent et que les relations entre Commodore et les revendeurs y étaient désastreuses, contrairement à Nintendo et Sega qui y régnaient en maître.

Cependant, dès que les machines furent envoyées aux États-Unis, celles-ci furent retenues par les douanes. Plus tôt, Commodore avait perdu un procès concernant un brevet et devait de ce fait s'acquitter d'une amende de 10 millions de dollars. Manquant de liquidité, refusant de payer pour pouvoir payer les autres entreprises qui produisaient des pièces pour ses machines, Commodore luttait pour simplement rester en vie. C'est pour cette raison que le gouvernement américain proclama une interdiction d'importation jusqu'au paiement de Commodore. Étant dans l'incapacité de payer sa dette, le bateau contenant les CD32 retourna aux Philippines. Commodore réalisait alors que ses jours étaient comptés : la valse des licenciements commençait et la majorité des projets était annulée... Ceci dans le seul but de retarder l'inévitable aussi longtemps que possible.

La limite était atteinte en avril 1994 et Commodore se déclarait volontairement en liquidation le 29 avril 1994.

La CD32 était finalement la dernière machine de Commodore. L'usine fabriquant les CD32 aux Philippines appartenant à l'État, ce dernier essaya d'éponger une partie de ses dettes en vendant illégalement des CD32 NTSC pendant plusieurs années. Plus d'une centaine de jeux sortirent sur cette console, même si la majorité ne fûrent que des copies conformes des jeux sortis sur Amiga 1200/500 en version disquette, mis à part pour quelques uns qui se sont tout de même vus adjoindre des voix, des cinématiques ou des musiques. Ils n'ajoutèrent que rarement des nouveautés dans le gameplay en lui-même.

L'histoire a tout de même eu une tournure ironique. En effet, quand Jay Miner développait le prototype de l'Amiga au début des années 1980, il fabriquait alors une console pouvant être étendue afin de devenir un ordinateur complet. Commodore n'avait alors pas voulu être associé à un "simple ordinateur de jeu" même si c'est comme cela qu'ils étaient devenus célèbre et avaient fait fortune (avec le Commodore 64 notamment). Commodore avait alors tout fait pour transformer cette console en ordinateur haut de gamme pour les professionnels. Mais cela ne fût pas une réussite. Et c'est à contrecoeur qu'une version à petit prix de cet ordinateur fût produite, mais Commodore n'apprécia pas que ce dernier ne soit associé qu'aux jeux, et qu'aux jeux uniquement. Ce n'est qu'à la fin qu'ils réalisèrent que la force de l'Amiga était d'être une plate-forme de jeux et ils y laissèrent enfin leur coeur et leur âme. Mais il était trop tard et ils n'avaient alors plus les fonds nécessaires pour que leur console devienne un succès. La CD32 était une vraie console et, comme l'avait voulu Jay Miner, elle pouvait se transformer en un ordinateur complet. D'ailleurs, plusieurs modules, développés par des tiers, allaient rendre cette transformation possible (comme le SX1 ou bien le SX-32). L'Amiga avait fini comme il avait commencé : une "simple" console de jeux.

Jay Miner mourrait d'une infection rénale le 20 juin 1994 (il vécut une majeure partie de sa vie avec des reins malades) et ce, moins de deux mois après la mort de Commodore.

Même si Commodore avait survécu, il aurait été peu probable que la CD32 ait pu être un succès sur le long terme. Au début de l'année 1994, la Playstation de Sony fût annoncé. Cette machine impressionna immédiatement et quand elle fût mise sur le marché en décembre 1994 au Japon, elle surclassa tout, mettant même fin à la domination de Nintendo et elle forcera plus tard Sega a quitté le marché des fabricants de consoles. Elle tua également la Jaguar d'Atari en 1996, qui fût la dernière console de jeu américaine, jusqu'à l'arrivée de Microsoft et de la XBox en 2001. Commodore aurait peut-être pu terminer et produire une console de jeu moins chère (la CD64) basée sur le nouveau jeu de composants appelé "Hombre" au début de l'année 1995, ce qui aurait peut-être pu les maintenir à flot... une tâche qui aurait toutefois été herculéenne !

La CD32 a tout de même eu une belle carrière et aurait pu avoir une année de commercialisation supplémentaire. Malheureusement, ce ne fût pas le cas... Mais il lui reste de bons jeux et elle a laissé de bons souvenirs, pour moi au moins.




Alors, je vous l'avais bien dit que c'était intéressant ^^

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/me pensait laisser son blog à l'abandon, puis la piqûre de rappel d'OVH pour le paiement du nom de domaine et les quelques messages d'encouragement sur Twitter m'auront fait changer d'avis ! ^^

Billet posté le 8 octobre 2014

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